Naviguer dans le dangereux milieu
Nous avons quitté les îles Cook après sept jours agréables. Un léger vent favorable nous a permis de poursuivre notre route vers l'ouest ; sans lui, nous serions restés bloqués sept jours de plus, ce que nous voulions absolument éviter pour de multiples raisons !
Nous savions qu'une autre dépression se formait à l'horizon, moins menaçante que la précédente et prévue pour quelques jours. Tout pouvait donc changer.
Les premières 24 heures ont été consacrées à remonter au vent jusqu'à 20 nœuds, une situation que Nanuka apprécie plus que nous ! Après 30 heures, nous avons consulté les prévisions mises à jour : la dépression semblait se diriger plus au nord que prévu initialement. Nous avons donc décidé de mettre le cap au sud et de rejoindre directement un atoll submergé du Pacifique appelé Beveridge. Des amis y étaient déjà allés, nous savions donc que le passage était praticable de nuit et que le mouillage était bon.
Vingt-quatre heures plus tard, les prévisions ont encore changé : la dépression allait passer juste au-dessus de nous. À ce moment-là, nous étions persuadés d'être un aimant à dépression ! Si les prévisions étaient exactes, lorsque le système s'intensifierait, nous n'aurions qu'à survivre à 4 ou 5 heures de tempête avant d'arriver à Beveridge.
Malgré tous nos espoirs que les prévisions se trompent, dès le coucher du soleil, le vent s'est intensifié, la mer s'est déchaînée et la pluie s'est abattue. Difficile d'évaluer la force réelle du vent, notre anémomètre étant limité à 30 nœuds… Mais les rafales dépassaient facilement les 45 nœuds, accompagnées d'une mer extrêmement agitée.
Cinq heures plus tard, nous avons enroulé le peu de voile d'avant que nous avions déployé et contourné l'extrémité nord du récif. Ce fut un répit bienvenu face à la mer déchaînée, mais le vent et la pluie étaient toujours terribles. Nous hésitions à tenter de franchir la passe du récif dans ces conditions, mais l'idée de continuer à affronter la pleine force de la tempête pendant encore 10 heures ne nous enchantait guère. Nous étions trempés jusqu'aux os malgré nos vêtements imperméables coûteux et, pour la première fois depuis longtemps, nous avions froid !